Note d’intention

– La femme et ses facettes –

par Monsieur BadouX

Cette série, je ne l’ai pas pensée.

Je l’ai ressentie.

La femme et ses facettes, c’est un cri silencieux.

Un hommage intime.

Je viens d’un monde où chaque seconde peut sauver ou détruire une vie.

Pendant vingt ans, j’ai été pompier professionnel à Toulon. Vivre dans l’urgence forge le corps, mais épuise l’âme. Après plusieurs dépressions, j’ai quitté l’uniforme. J’ai voyagé. Beaucoup. Jusqu’à trouver un ancrage, ici, à Hyères. Aujourd’hui j’ai un atelier au bord d’une rivière, et je ne sors de l’hibernation que pour la photographie.

Dans ce silence nouveau, j’ai ouvert les archives de ma mémoire. Plus de vingt ans de photographies. Des milliers d’images gardées dans l’ombre.

C’est alors qu’une rencontre a tout déclenché : une femme. Ma muse. Celle par qui j’ai commencé à raconter ce que les mots refusaient de dire. À travers elle, j’ai vu la femme dans toute sa complexité : belle, sombre, forte, vulnérable, indomptable.

C’est en Roumanie, un pays de contrastes et de blessures, que ce regard a trouvé sa vérité.

Dans un monde qui accélère, innove et remplace l’esprit par l’artificiel, j’ai choisi la lenteur. La photographie reste une mémoire vivante : elle garde ce que l’œil a vu, et laisse à l’imagination le soin de compléter les récits. Elle fige la beauté comme les atrocités, les instants intimes comme les cicatrices historiques.

Ce qui compte, ce n’est pas la perfection.C’est le moment.

Peu importe que la photo soit prise avec un smartphone, un numérique ou un argentique : l’émotion, elle, ne ment pas.

Je ne retouche pas ses images : ce serait trahir leur vérité.

Je les laisse vivre telles qu’elles sont, avec leurs ombres, leurs accidents, leur humanité.Pour moi, travailler le numérique sans retouche, c’est comme faire de l’argentique avec la lumière du réel.

Mes inspirations vont de Lucia Moholy à Ansel Adams, de Sebastiao Salgado à des amateurs comme Nina . Mais surtout, elles viennent des visages rencontrés, des ombres croisées.

La femme et ses facettes est la première d’une longue série contemporaine

et engagée :


18 photographies très grand format, tirées sur dibond mat fine art pour qu’aucun reflet ne trouble le regard. 18 Originaux qui n’apparaissent pas sur internet, aucunes copies, nulle part.

17 en noir et blanc, tendues, brutes, comme arrachées au silence.
Et une seule en couleur : un fil de vie, fragile mais tenace.

J’ai photographié chaque facette avec mon regard d’hypersensible. Avec une grande ouverture, pour guider l’œil vers un détail.

Chaque moment porte une émotion nue — sensuelle, sombre, enragée, forte… Des portraits sans nudité, des fragments d’âme.

Cette série n’est pas seulement un hommage. Elle est une conviction : la femme doit retrouver sa place de créatrice. Source de vie, de lien, d’émotion. Pas un objet de contemplation, mais une force à reconnaître.

Je fabrique moi-même les cadres bois, un par un, sertis de laiton. Parce que prolonger la photo dans le bois, c’est prolonger le geste. Parce que chaque œuvre mérite d’être portée avec respect.

Je suis hypersensible, souvent incompris, parfois torturé mais lucide : avant, je vivais pour sauver ou périr. Aujourd’hui, je crée pour vivre… et peut-être pour aimer.

Chaque émotion fait partie d'Elle.

À vous d’y voir la femme que vous portez,

et l’aider à redevenir celle qu’elle doit être.